Sunday, January 13, 2019

Les mystères de la tri-datation

Dans toutes les vies, la datation est un mystère universel. Partant d'une réflexion systémique, dans une pensée originalement appliquée aux systèmes d'information, je me suis rendu compte, il y a presque 2 décennies, de l'universalité d'un modèle fondé sur les "événements"( la Trame Business), et sur la datation.
Ce modèle propose une vision, une structuration, du monde, bien au delà de celui représenté par un système d'information.
Dès lors, ce prisme de vision a comme avantages :

  • de s'appliquer à n'importe quel monde objet à étudier, en proposant une compression globale, systémique, originale par rapport aux nombreuses disciplines spécialisées sur tel ou tel cas de figure : vie sociale, biologie, monde artificiel, grand système socio-technique, écologie, démocratie, ...
  • dans le cas particulier des systèmes d'information, de fonder leur compréhension sur la représentation du monde auquel ils s'appliquent, ce qui est une condition évidente à satisfaire, peu garantie par les approches historiques de l'informatisation.
Dans mon ouvrage ("De la stratégie Business aux Système d'Information"), je me suis efforcé, semble-t-il sans convaincre grand monde, de démontrer l'universalité de l'approche dans les différents cas de figure du SI, au travers des grands classiques "fonctionnels" : fonction RH, fonction SI, pilotage,... C'était une étape nécessaire, vérifier l'application du concept à tout type de SI. Mais aussi, au delà des SI, pour les fonder sur leurs mondes objet. La généralisation fondamentale apparaissait alors clairement. Le modèle proposé s'est avéré un modèle universel, indépendant des technologies et de leurs multiples variantes.
La meilleure preuve de solidité des concepts, est à présent leur application naturelle, au travers de technologies qui n'existaient pas il y a 20 ans, par exemple avec les objets connectés, ...

Le fait de la tri-datation


Le modèle étant "orienté événements", il est indispensable de préciser la dynamique événementielle, et, en son cœur, la datation. A de nombreuses reprises j'ai eu l'occasion d'expliciter la "tri-datation", et d'en exposer l'universalité. Ce principe, que je pense fondamental dans tout système, n'avait jamais été clairement posé. Curieusement les spécialistes du SI, architectes techniques, architectes d'entreprise, data officer, ... ne le reconnaissent pas, le rejettent. J'ai toujours, au mieux,"prêché dans le désert" à ce sujet. Je mets de coté les réactions violentes (arrachage de ma connexion HDMI, lors d'un exposé) ou méprisantes. La règle générale est l'indifférence.
La tri-datation, pourtant "basique" à mon sens, n'est pas reconnue, ce qui est extrêmement dommageable dans une civilisation de plus en plus structurée par des "systèmes" complexes et sophistiqués.

La cacophonie des systèmes


Ces systèmes ont en effet, dans de nombreux cas, un vice de base en leur cœur. Ne reconnaissant ni le besoin de cohérence des événements, ni, a fortiori, celle de tri-datation, ces systèmes sont alors "cacophoniques", comme un orchestre sans chef.
Dans un contexte où les flux d'informations se multiplient, les frontières de l'entreprise disparaissent dans un fonctionnement en écosystème, l'instantanéité devient une exigence, ... la connexion de tous les êtres et tous les objets une réalité, ... les systèmes balkanisés et non synchronisés propagent des dissonances !
Les dysfonctionnements, rendus visibles par l'instantanéité, deviennent la règle, et leurs corrections coûteux palliatifs, rustines n'ajoutant que confusions. Le mal est au cœur de ces systèmes, mal congénital, inscrit dès leur conception. Car, comme dis ci-dessus, la méconnaissance des lois de datation des événements est générale. De ce désordre, l'ordre ne peut découler, même si l'on fait appel à toutes les bonnes fées pour "urbaniser", être "agile", conduire le changement, ...

L'exemple d'une caisse de retraite : Ubu roi


Les régimes de retraite paraissent complexes. Pourtant le mécanisme en est simple, voire simpliste.
J'ai, pour ma retraite d'indépendant, été confronté au régime de retraite en vigueur, qui fonctionne par principe de points : l'actif, lors de son parcours accumule des points, calculés sur les revenus, et, devenu retraité, obtient une retraite basée mécaniquement sur cet acquis. Le système est simpliste, en particulier un retraité qui serait actif continue à cotiser, mais cela n'impacte pas sa retraite qui est fixée une fois pour toute lors de la liquidation (on comprend que cette solution était seule praticable quand toutes ces procédures étaient manuelles...).
En pratique, dans mon cas, la caisse de retraite, m'a longtemps ignoré. J'avais, en temps et en heure, déposé mes déclarations à qui de droit, mais ces déclarations n'étaient pas parvenues jusqu'à la caisse.
Bref un beau jour la caisse me découvre, m'identifie et réclame son dû.
Une date intervient : la date d'exigibilité sur les cotisations des années passées. J'avoue que je n'ai fait preuve du plus grand empressement, ayant d'autres chats à fouetter. On était début 2017. Mi 2017 deux des années de cotisation sont alors atteintes par la prescription.. Vers la fin 2017, la caisse me met en demeure de régler les années non prescrites.
C'est alors que commence la valse des dates ! Des pénalités de retard exorbitantes sont calculées, même pour l'année en cours. On me dit de payer d'abord et réclamer après...
Sauf que, suite au paiement, la caisse, dans sa grande approximation des dates, l'affecte aux années prescrites. Erreur pour moi fatale : la suite confirme les divagations. Les montants dûs pour une même année, pourtant basée sur des revenus depuis longtemps figés, deviennent variables. L'incompréhension s'amplifiant, malgré mes paiements récurrents des diverses "provisions" et autres acomptes provisoires, la caisse m'assigne, au bout de ce processus autiste, au tribunal, et, arguant de faux impayés, rejette toute demande de remise de pénalités. La situation est alors inextricable.

La morale de cette histoire me semble à trouver dans la confusion générale des dates. Pour une même année de cotisation on va avoir :
  • la date du fait : l'année en question, immuable
  • la date de vision : la cotisation est d'abord estimée, et cette estimation peut être revue jusqu'à la valeur définitive qui dépend du revenu de l'année qui sert de base de calcul (n-1 ou n-2 selon le cas),
  • la date d'exigibilité,
  • la date de prescription,
  • la date de mise en qualité (date de tel courrier où tel chiffre a été annoncé...)
  • la ou les dates de paiement,
  • etc ...
Ainsi, une même cotisation a divers cycles de vie, qu'il convient de traiter en tant que tels. A défaut, le système est invertébré, confus, désynchronisé, impénétrable pour celui qui le subit. Car, pour faire simple, le régime juxtapose 3 types de retraites : régime général tranche 1, régime général tranche 2, régime complémentaire ! Les règles de décalage annuel pour les calcul des cotisations sont différentes d'un régime à l'autre... En outre ces règles ont elles-même changé au cours du temps : de tout cela, résulte une complexité combinatoire, incompréhensible (on en aurait une vision claire en élaborant, sur la base des différents cycles, un beau polygone de Mandel).

Une royauté bien partagée


Pour cette caisse, comme pour bien d'autres organismes, divers cycles fondamentaux rythment sa vie et ses relations. Ceci structure bien sûr son SI, mais aussi ses processus, sa comptabilité, impacte son personnel et son organisation. Les "assujettis" n'ont d'autre choix que de subir.

En l'absence de gestion correcte des datations, l'organisme fonctionne sur une logique bancale, chaotique: celle d'une royauté ubuesque. A notre époque de tels schémas ubuesques sont malheureusement dominants et bien partagés, comme on le constate tous les jours dans nos relations avec les grandes structures, banques, assurances, organismes publics, administrations... Ces organismes ont hérité d'une vision des dates obsolète, qui les a structurés, et tombe en lambeaux avec l'explosion technologique actuelle.