mardi 6 janvier 2015

Croissance économique et nouvelles lignes de force




En ce début d'année, que nous apportera l'avenir, et quels seront les axes de développement de nos civilisations ?

On pourrait raisonner sur nos modèles historiques, analyser le sujet pays par pays. Mais il est clair que le développement se fait à présent le long de nouvelles lignes de force, apatrides et globales, qui se substituent progressivement aux fondements géographiques.

D'ailleurs, les analystes hésitent entre expectatives et certitudes.
  • Expectatives sur la croissance économique, qui dépend de nombreux facteurs dont les pays anciens leaders économiques n'ont plus la maîtrise. Expectative sur le véritable effet de la transformation numérique, vue, dans notre monde qui campe sur ses rigidités, comme "destructrice" d'emploi.
  • Mais certitudes quand à la rupture que nous vivons, de par ce fait.
Les prévisions sont difficiles : l'économie traditionnelle, en supposant qu'il existe dans l'économie une part qui ne serait en aucune façon atteinte par la transformation numérique, est de plus en plus liée aux aléas mondiaux, du seul fait de la globalisation. Par exemple le marché pétrolier est extrêmement versatile.

Et la transformation numérique accélère encore la globalisation, le monde numérique, comme nous l'avons maintes fois remarqué ici, étant un monde nativement apatride, qui n'utilise les frontières que pour contourner les zizanies fiscales entre potentats locaux.

Fin d'une époque ?
Décadence d'une civilisation ?

La question posée par la transformation numérique est celle de l'appropriation par les investisseurs économiques, ceux qui ont la capacité de transformer les infinies opportunités technologiques en territoires d'affaires viables, utiles, globales et rentables.

On aura beau appeler force gourous, créer commissions et sous-commissions, extrapoler les tendances, créer aides et pépinières : le hic serait que les nouveaux eldorados en expansion se créent avec les emplois qui nous intéressent ! Car de toutes façons ils se créeront, avec ou sans nous.

En premier, le raisonnement devrait porter sur la nouvelle géographie. Le numérique gomme les frontières, il change des modalités de vie, mais il ne change pas la vie ! Les événements qui rythment notre quotidien, notre biologie, notre vie familiale, sociale, ... demeurent. Les thérapies se posent de façon mondiale, car les pathologies sont identiques. Il en va de même pour nos patrimoines, qu'ils soient matériels au travers de la cité, des infrastructures, de nos structures économique et administratives, ... et de nos cultures. Les réseaux ont gommé les distances, et les proximités sont maintenant des proximités de situation dans une nouvelle géographie, qui s'impose à tous les acteurs économiques.

La nouvelle géographie est géographie des événements, des cycles et parcours. Nous l'avons vu, en particulier pour ce qui concernent l'être humain, une géographie de l'intimité.
L'accès à l'intimité

Géographie des invariants qui joue à présent le rôle que la géographie traditionnelle a joué pour le développement historique des économies.

Géographie issue du triomphe du logiciel, outil de toutes les industries. Géographie d'un monde nouveau, qui se développe en dehors des contraintes territoriales, et à l'aune de la créativité. En somme, un continent dont le poids économique dépassera celui des économies traditionnelles. Un continent, apatride, qui deviendra un jour ou l'autre, dominant.

Triomphe du logiciel, qui s'insinue partout, au cœur des serveurs, des réseaux, des objets connectés, des robots, et de toutes ces "intelligences". Impacte toutes les chaînes de valeur, tous les process, toutes les transformations, et, au final, tous les emplois. Le logiciel "mange l'économie". C'est un fait historique. Mais il n'y a pas de mystère : sa force vive révèle progressivement la géographie fondamentale des événements, dont nous parlons ici inlassablement. Certes, il faudra du temps pour que les grandes rigidités basculent et s'orientent selon ces nouvelles lignes de force, que les silos administratifs (nos institutions à tous niveaux, et de tous types, publics, sociaux, financiers, ...), les camps retranchés fonctionnels (les "métiers", les experts), délaissent les guichets protecteurs, les tempos désuets, les processus en cascade... et se synchronisent aux vrais rythmes.

Le monde des informaticiens lui-même est-il en phase avec cette rupture historique ? En général, il hérite des pratiques, et se rassure avec de la méthodologie complexe, voire confuse. Nous avons ici aussi milité pour des mises en mouvement, grâce à de faibles coûts et une flexibilité, face aux mastodontes et autres ERP qui "tiennent" le marché (voir en particulier le levier méconnu des "Puits de données"). Et il faudrait un peu moins de certitudes, et un peu plus de curiosité. Parmi les plus anciens, qui met la main à la patte pour s'approprier les nouvelles offres ? Sur l'intégration de données ? le NoSql ? Comment ne pas perpétuer de vieux schémas de pensée ?

Comprendre le continent numérique, passe par le repérage de la géographie des invariants ...

Excellente nouvelle pour les capitaines d'industrie qui disposent ainsi d'un repère pour naviguer, et se lancer sur de nouveaux territoires, ou, a contrario, exceller en Donquichottisme sur des territoires déjà investis par les GAFAs.

Mais c'est une mauvaise nouvelle, si la vision qu'on se donne est celle issue de la géographie traditionnelle, et de son prisme réducteur aux territoires matériels. Car ces territoires ne sont plus ceux du développement économique tant attendu.

Car le risque est de cumuler des efforts contre-productifs : s'attaquer aux effets et non à la cause. Projeter l'esprit de clocher sur ces espaces historiques (qui ont pu avoir un sens, par exemple à l'époque du "charbon-acier" de la création européenne) ... au mépris de la réalité de la rupture numérique.



Le sujet est celui du parcours vers cette cible, et des modalités pour l'atteindre. Et probablement, celui de la clair voyance : plus on nie cette évidence, plus on retarde la prise de conscience et l'anticipation.

Nouveaux enjeux, et échiquier mondial. Comment jouer une telle partie sans anticiper, et sans placer ses pions sur les bonnes cases ?

La géographie des invariants, ces cycles éternels faciles à repérer... tracent les bases d'un tel échiquier.

Meilleurs vœux à tous, pour s'approprier ce terrain d'évolution et ses lignes de force, géographie du futur.