Monday, November 30, 2015

A quoi servent les modèles


Un monde étendu et complexe


Pour les acteurs du SI, des processus, du Business, le "modèle" est un guide rassurant. Il explique la structure des systèmes, des informations, de l'organisation, le fonctionnement de l'entreprise.
Les entreprises et organisations sont friandes de ces représentations schématiques, qui font le bonheur des consultants, la substance des enseignements, voire même structurent les métiers.

Mais, au delà de la séduction intellectuelle, à quoi servent-ils ?

Certes, ils permettent de comprendre la réalité. Ils fournissent une vision explicative. Il en découle, pour chaque domaine de modèle, des orientations pour l'action, et des tentatives de prévision.

Voilà bien la promesse des modèles, qui motive l'engouement pour ces outils, proposés dans toutes les sphères : modèles économiques, modèles business, modèles d'architecture d'entreprise, architecture des systèmes d'information, modèles des processus, ...

Les modèles se prolongent maintenant à l'écosystème de l'entreprise, vision dont j'ai été un précurseur. Ils tendent à s'intégrer dans une vision de plus en plus globale, et vaste, où les interactions entre les faits économiques, sociaux, et technologiques se combinent à l'échelle planétaire.

Ainsi les modèles expliquent un monde de plus en plus étendu et complexe.


Le poids du passé


Dans le monde réel, tout évolue. Les cycles, à tous les niveaux, caractérisent ces évolutions, dont on constate l'accélération. Les modèles n'échappent à cette règle universelle. Eux aussi évoluent. Repris par les milieux professionnels, les enseignements, les prestataires, ils ont leurs heures de gloire, .... puis passent... Et se régénèrent sans doute dans de nouvelles visions, mieux adaptées au contexte de l'époque.

Et ils deviennent ringards... Car la vraie vie n'a que faire des modèles. Les explications arrivent souvent a posteriori, comme on le voit dans les publications des plus sérieuses, pavées d'exemples et d'études de cas.

S'il est clair que les cycles technologiques se sont accélérés, et que l'économie n'a pas fini d'être déstructurée par la numérisation planétaire, qu'en est-il des modèles proposés ? Qu'en est-il de leur appropriation ? Un modèle efficace est un modèle partagé. Mais le délai de diffusion, de généralisation, est long, car il s'inscrit dans les pratiques culturelles,et leur viscosité incontournable.

De ce point de vue, un modèle, passé un temps de cycle, peut devenir contre-productif, et, sans qu'on en soit conscient, le poids du passé nous plombe.
  • Par exemple, dans le domaine des usages de la technologie des systèmes d'information : les modèles d'Enterprise Architecture ont été conçus à une époque maintenant surannée ! La "dette technique" se cache dans ces outils porteurs d'une vision technologique totalement dépassée.
  • Autre exemple : l'économie s'oriente de plus en plus vers l'iconomie, et cette tendance est planétaire. De sorte que, dans l'économie totale, la part de sa composante iconomique, que j'ai appelée ici le "continent numérique", ne cesse de croître... Pourtant les raisonnements se développent encore autour de visions nationales, occultant la dynamique globale. Là aussi, ne voir que son propre pays, son clocher, permet de se rassurer sur la dérive des continents économiques. Le risque est que le réveil soit trop tardif, pour se placer dans la redistribution des cartes à l'échelle planétaire.


Des visions fragmentaires


Une civilisation a les modèles qu'elle mérite : ils sont l'expression des idées dominantes, même si cette domination est inadaptée à l'époque et aux enjeux. Ces modèles qui rassurent sont, par là même, potentiellement dangereux. Car ils favorisent l'inertie intellectuelle.

Ils confortent aussi la multiplication de visions fragmentaires.

Ceci peut typiquement se constater dans les grandes entreprises et organisations, qui se sont organisées autour de "chapelles" spécialisées :
sur les finances, le SI, les processus,
véritables ordres monastiques. Ceux-ci perpétuent leurs idéologies appuyées sur des corpus méthodologiques, des certifications, de la "gouvernance".
Ces grandes entreprises et organisations, immenses navires, sont devenus, de l'aveu de certains responsables, quasiment ingouvernables. La conciliation entre les chapelles, le choc entre les visions, embolise l'organisation.

Ce mal provient de la domination égoïste de visions partielles, qui sont incapables de restituer la réalité. Car celle-ci se développe dans une symbiose technologique, sociétale, sociale, qui va de plus en plus dans l'intimité de notre vie, et défie les organisations traditionnelles.

Ce décalage se produit jusque dans le patrimoine réglementaire, issu de nécessités historiques, et qui peut être un obstacle aux évolutions à base technologique, à l'uberisation de la société. Car l'optimum global, social, économique, ne peut éternellement refuser ces évolutions ...

Rénover les visions


L'enjeu est bien de rénover ces visions, en particulier :
  • expliquer de façon cohérente toutes les transformations qui se réalisent dans le contexte "iconomique"
  • s'articuler entre les visions de haut niveau : économie, écosystème, ... et les visions du SI, des informations, jusqu'aux plate-formes techniques actuelles ou émergeantes.
Expliquer ainsi les "systèmes" dans leur globalité et leur architecture. C'est à cette proposition que ce site tente de répondre, en combinant quelques idées simples :
  • sur le fonctionnement des écosystèmes autour d'invariants, traversant toutes les "couches" (les chapelles évoquées ci-dessus)
  • sur les opportunités technologiques pour structurer l'instrumentation en SI et en processus, autour de composants clés : les référentiels et les puits de données.



Cette vision, basée sur ce trépied, résistera aux modes, ayant la capacité d'être adaptée à tous les contextes. Elle s'arrime aux cycles de la vie, et aux fondamentaux des transformations réalisées par les services, les industries, les organismes vivants, ... et les technologies.

Dans de prochains messages, nous détaillerons les divers paramètres qui donnent universalité et flexibilité à cette approche, en connectant la vision de haut niveau aux visions des technologies du SI.




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